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(Al)chimie sacrée


© Centre Francilien de l'Innovation

Les cosmétiques Aïny marient les savoirs botaniques du coeur de l’Amazonie aux dernières technologies de pointe de la chimie verte occidentale. Et pour une fois, les peuples autochtones font partie de la noce...

Les emballages des 7 produits Aïny résument à eux seuls la philosophie de la marque. Au recto, un titre élégant emprunté à Baudelaire : Tes yeux illuminés pour le correcteur anti-cernes, Un éclair puis la nuit pour le lait démaquillant, D’un luxe miraculeux pour le sérum éclat. Sur le côté, des précisions sont données sur les ingrédients phare du produit. On apprend par exemple que si nos valises dégonflent après l’application du contour des yeux, c’est grâce à la plante maîtresse de la recette, la guayusa, hautement concentrée en caféine. Une troisième face donne la liste complète des ingrédients assortie du sceau des certifications officielles.

Pour voyager dans l’hémisphère Sud, il suffit de retourner l’emballage (sans colle). On découvre au verso un dessin magique créé par une chamane amazonienne, sorte de talisman protecteur. « J’ai découvert le chamanisme il y a 13 ans, explique le fondateur Daniel Joutard, à l’occasion d’une mission d’un an en Equateur. » Au début, le jeune diplômé de l’Essec est plutôt sceptique, voire sarcastique vis-à-vis de ces pratiques. « Je trouvais cela limite ridicule. »

Mais au fil des années et des allers retours entre Paris et l’Amazonie, la carapace de l’économiste commence à verdir. « J’ai plusieurs fois été soigné par Herlinda Augustin, l’une des rares chamanes femmes de l’Amazonie péruvienne et j’ai pris conscience de sa connaissance exceptionnelle des plantes. Si elle conçoit le monde de façon enchantée quand nous l’envisageons sous un angle économique et rationnel, nous ne sommes finalement pas si éloignés. Magie et science sont en réalité deux manières différentes de dire la même chose. »

Science enchantée

En 2004, le regard de Daniel a définitivement changé. Terminé le conseil aux entreprises, le trentenaire décide de lancer sa propre gamme de cosmétiques aux plantes sacrées. Il rencontre l’ex-directeur R&D de Chanel Jean-Claude Le Jollif qui se joint immédiatement à l’aventure. « Jean-Claude est venu avec ses exigences de qualité. Pour lui, peu importe que le cosmétique soit bio, naturel ou sacré, il faut avant tout qu’il soit efficace. »

Commence alors de longues années de recherche sur les actifs des plantes sacrées. Tout est décortiqué dans le laboratoire de recherche de la marque hébergé à l’Ecole de biologie industrielle, dans la banlieue parisienne. Jean-Claude est nommé Président du conseil scientifique et, rapidement, fait basculer la cosmétique du rêve vers la connaissance.

« Notre particularité est de développer des ingrédients techniques à partir de plantes de la forêt primaire. C’est pour consolider notre démarche que le Centre Francilien de l’Innovation nous accompagne. » Chez Aïny, les cycles d’étude sont très longs, de 2 à 3 ans. L’objectif est d’obtenir des performances sensorielles équivalentes à celles des cosmétiques conventionnels.

Innovation éthique

Sur un plan éthique, la méthode employée par l’équipe de 5 personnes est elle aussi innovante. Quand la plupart des marques pillent le savoir faire des indiens en brevetant les actifs de certaines espèces amazoniennes, Aïny passe des accords avec les populations locales. Les plantes sont achetées à un prix équitable, 4% du CA est reversé aux peuples autochtones comme droit d’usage des plantes et des connaissances.

Enfin, aucun brevet n’est déposé. « Au contraire, nous publions nos recherches, explique Daniel. Nous empêchons ainsi d’autres laboratoires de faire main basse sur les connaissances des peuples autochtones du Pérou ou d’Equateur. Des années de R&D ne peuvent justifier le dépôt de brevets sur des plantes utilisées depuis des millénaires par les populations qui les ont fait connaître. » Comment dit-on respect* en quechua ?

Hélène Binet

« Pour respecter la nature, il faut commencer par préserver sa diversité. Encourageons les communautés locales à garder les différentes semences traditionnelles et à pratiquer la polyculture. »
Daniel Joutard, fondateur d’ Aïny

 « Au delà d’un travail de R&D conséquent qui permet d’aboutir à des formulations élaborées, Aïny a une vraie conscience éthique et sensibilise l’opinion publique aux travers de la biopiraterie. »
Stéphanie Saliou, conseillère entreprises au Centre Francilien de l’Innovation


Aïny en bref

• L’ANNÉE DE CRÉATION2006
• LES COORDONNÉES
Aïny- Savoir des PeuplesBâtiment A, bureau 304 
11 rue Leon Jouhaux 75010 PARIS
Tél. : 33 (9) 62 18 38 98
• LE SITE INTERNET www.ainy.fr
• L’ÉQUIPE DIRIGEANTE
Danier JOUTARD, président

* En quechua un homme respectable se dit runapacha.

 
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